

Avoir peu de prédateurs favoriserait l’inflation du cerveau, par Patrick Lambert
Avoir un gros cerveau peut représenter un avantage pour les animaux de proie, afin d’être en capacité de se montrer plus intelligents que leurs prédateurs, et ainsi augmenter les chances de leur échapper. L’autre stratégie de survie est le camouflage, ou la crypsis. Elle est utilisée non seulement par les proies, mais aussi par les prédateurs pour surprendre ces dernières.
Une équipe de chercheurs chinois, du China West Normal University (CWNU), a publié dans Science Advances une étude qui montre que chez la grenouille, plus la crypsis est élaborée, plus petit est son cerveau. Les grenouilles à gros cerveau se permettent d’afficher des couleurs voyantes, afin d’augmenter ses choix d’accouplement. Tout dépend de la pression de prédation. Ici le prédateur est le serpent. En zone de forte densité de serpents, la crypsis augmente, et la taille du cerveau diminue. Quand le prédateur se fait rare, les grenouilles prennent le temps de développer leur cerveau, et sont plus visibles.
Quelles hypothèses peut-on formuler concernant l’évolution des hominidés ? Probablement que Neandertal, de grande taille et avec un gros cerveau, est apparu dans un environnement relativement sûr, et que les pygmées, petits et cultivant l’art du camouflage dans les forêts équatoriales, ont été confrontés à la présence de nombreux prédateurs.
Maintenant qu’Homo Sapiens a quasi fait disparaître ses prédateurs de son environnement (félins, ours, loups), le risque est l’inflation cérébrale, et son corollaire, l’inflation de sa visibilité médiatique, sans limite.
Patrick Lambert
Psychiatre, praticien hospitalier au CHU de Nantes, diplômé en médecine légale, responsable du Centre d’Activité Thérapeutique à Temps Partiel du secteur 1 de l’agglomération nantaise, psychothérapeute fondateur de la psychagogie scotocentrée, auteur de “L’analyse psychagogique des rêves”, éditions Fabert.
Directeur et formateur E3PI en Psychopathologie et Analyse psychagogique des rêves.
